La séance du 27 avril fut très riche. Je vais tenter, ici, d’apporter des idées, des réflexions sur cette séance. L’ouverture de la séance s’est faite avec une citation de Raymond Bellour. Pour lui, il y a une différence entre l’image issue de la vidéo et celle issue du cinéma. Le « vertige » se trouve dans l’image vidéo. Il ajoute que « l’image vidéo est une des manifestations les plus vives de la pensée, avec ses sautes et son désordre ». Ainsi, l’image vidéo, c’est de la pensée. Secret for Sale d’Elodie Pong est magnifique et troublant à la fois. Le dispositif interactif permet aux visiteurs de laisser un de leur secrets sur bande vidéo. L’artiste l’achète ensuite (ou pas, car certains des individus le lui donnent). Elle filme aussi cette conversation qu’elle a avec ces inconnus. Certains de ces secrets sont bouleversants, d’autres sont vraiment « dingues » mais si humains. Car c’est ça l’important. Ils sont humains. Nous sommes, nous les regardeurs, touchés par ses témoignages. Cette approche de la conversation entre un artiste et un « inconnu » a également été réalisée par Shi Yong (artiste chinois). Dans Think Carefully, Where have you been yesterday [Réfléchissez bien, où étiez-vous hier], de Shi Yong, des individus sont interrogés par l’artiste lui-même et il les amène à se dévoiler de plus en plus. Certains témoignent à visage découvert, d’autres préfèrent être cachés. Ils témoignent de leur vie, de leurs sentiments, de ce qui les touche. L’artiste a interrogé des individus pendant deux mois et demi, soit une quarantaine de personnes et n’en a gardé qu’une quinzaine qui lui semblaient intéressantes. Shi Yong a volontairement été parfois « agressif », pour les pousser au plus profond d’eux-mêmes. Il avait, avant de les rencontrer, enquêté sur eux et sur leurs points faibles ou leurs activités illicites. Par exemple, Tao Huihua, travailleur à temps partiel, joue au mah-jong et parie beaucoup d’argent. Il a perdu 200 000 RMB (soit environ 22 000 euros) et ça fait vingt-quatre ans qu’il est membre du PCC. Il a déjà été arrêté par la police car c’est illicite de parier de l’argent. Li Li est devenue une prostituée à la suite d’un divorce. Elle n’avait pas de quoi vivre pour élever son enfant. En Chine, il n’y a pas d’aide lorsque les gens sont au chômage. Sans ressources, de nombreuses femmes finissent malheureusement par se prostituer, malgré le fait que cela soit interdit en Chine. Les femmes sont parfois dans des situations d’une extrême précarité. Ou encore, Zhand Da, fonctionnaire, a participé à la mise en place du site web du district de Wu Jin et le considère comme plus démocratique qu’un site du gouvernement. Il nous apprend qu’un de ses collègues s’est suicidé hier, qu’il ne comprend pas puisque qu’il faisait beau… Même si cela se veut être une succession d’interrogatoires, comme la police, Shi Yong nous dépeint une société avec ses tabous, ses cicatrices, ses désirs. La question « Where have you been yesterday ? » n’est finalement qu’un prétexte pour Shi Yong, les individus se dévoilent complètement et parlent de leur existence en général et non pas juste sur ce qu’ils ont fait la veille. Le spectateur n’est pas du côté du voyeur comme chez Xu Zhen avec Rainbow, il reçoit les témoignages de cette société.
Angels Camp d’Emmanuelle Antille un est « film à l’image d’une saga au cours de laquelle les protagonistes, mal adaptés au monde dans lequel ils évoluent, sont isolés dans un environnement sauvage et se constituent une mémoire ainsi qu’une famille recomposée ». Le parallèle que l’on peut faire avec la série vidéo de Yang Fudong m’a frappée. En effet, Yang Fudong, en 5 parties, a filmé l’errance de sept intellectuels dans Seven Intellectuals in a Bamboo Forest. Les liens entre vidéastes et musiciens sont aussi très forts. A Shanghai, Song Tao travaillait avec B6 (DJ), Liang Yue a utilisé une musique de Top Floor Circus.
Yasujiro Journey, de Faozan Rizal (artiste indonésien), raconte l’histoire de Yamada Yasujiro, pilote pour l’armée japonaise qui s’est écrasé en 1942. Son petit fils retourne sur ses traces des années après. Le lien avec le Petit Prince de Saint-Exupéry est clairement dit par l’artiste qui en est « fan ». Christelle Lheureux est dans la même thématique dans A carp in his mind. Dans sa vidéo, le jeune homme décrit des scène quelques peu épouvantables, l’enfant qui tète le sein de sa mère morte après la bombe d’Hiroshima. La vision du tableau de Poussin, La Peste d’Asdod (que vous pouvez voir au Louvre) m’est apparue alors. A quand une nouvelle séance vidéo ?
Cindy Théodore