11. Francis Alÿs. A story of Deception. Bruxelles. 05. 01. 2011
11. Francis Alÿs: A story of Deception
Centre Wiels à Bruxelles.
09.10. 2010 – 30.01.2011
Un deuxième voyage d’études le 5 janvier 2011 pour un début d’année et une fin de semestre dans un Bruxelles glacé.
Les films dessinés d’animation de cet artiste et leur mise en installation, comme les feuillets format A4 porteurs de statements à l’écriture dactylographiée disséminés dans les vitrines de l’exposition entrent parfaitement dans notre sujet.
http://www.wiels.org/site2/event.php?event_id=162&&PHPSESSID=13f805ecd2056f7f1f37579bc0e8b1ed
Informations pratiques à Bruxelles (merci Cindy)
http://www.francisalys.com/
Lien vers des films de Francis Alÿs sur UbuWeb: When Faith Moves Mountains (2002). The Politics of Rehearsal [AKA Ensayo 2, 2005] (2005)
Un bon article d’Emmanuelle Lequeux dans Le Monde daté du 7 janvier 2011. Cependant si Alÿs parle de l’absurdité des politiques dans les pays en voie de développement, on peut dire qu’il en montre en inframince la différence avec celle des pays riches, et celle-ci est intéressante. (voir ci-dessous) la ‘morale’ de Rehearsal 1.
Francis Alÿs, Rehearsal 1 (1999-2001), in collaboration with Rafael Ortega
«A partir de 1999, Alÿs explore la structure de la répétition. Rehearsal 1 (1999-2001) montre une coccinelle gravissant une colline. Le conducteur y écoute un enregistrement d’une répétition d’une formation de cuivres, et à chaque pause de la musiqe, relâche la pédale de sorte que la voiture redescend pathétiquement la côte, dans un processus sans fin. Pour Alÿs, la répétition rappelle ‘ce scénario latino-américain où la modernité est toujours en retard’. C’est un état d’indétermination perpétuelle, qui permet toutefois aux sociétés latino-américaines de continuer à résister à l’imposition des modèles occidentaux de ‘développement’.» Livret de l’exposition.
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Un très bel article de Claire Fagnart à télécharger depuis la page de la journée d’études de l’EdNM : « Déplacement et mémoire », 19 mai 2009 ou ci-dessous.
Claire Fagnart. « A propos de la Procession moderne (2002) de Francis Alÿs »
Télécharger le texte de la communication en pdf
«Partant de la description de la Procession moderne et des divers objets qui la documentent, nous interrogerons les relations entre les différentes manifestations de l’œuvre comme événement et comme documents. Nous nous arrêterons particulièrement sur le livre de Francis Alys, The Moderne Procession, édité par le Public Art Fund également producteur du projet. Nous questionnerons ensuite les manières dont cet événement et ces objets entrelacent déplacement, histoire de l’art et mémoire. Nous partirons de l’hypothèse que le déplacement – traversée d’un territoire – assure l’inscription de l’œuvre dans la mémoire tandis que l’emplacement – assignation des documents à un lieu de l’art – assure son inscription dans l’histoire.» C. F.
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La communication «Bodies Cities» de Thierry Davila, conservateur au Mamco de Genève auteur de Marcher, créer. Déplacements, flâneries, dérives dans l’art de la fin du XXe siècle (Ed. du Regard), lors de l’exposition-colloque Mobilisable in Paysages technologiques, 3 décembre 2008
Lien vers des articles où il a déjà été question de Francis Alÿs
17. GPS Movies de Daniel Sciboz & Soundwalks de Janet Cardiff:
Francis Alÿs, l’anti-figure du flâneur urbain baudelairien ? «Francis Alÿs s’inscrit dans la quotidienneté de Mexico. En marchant, il devient au passage celui qui ne cesse de prendre de l’avance et met ses pas dans ceux des autres; il devient celui qui ’suit de près’ le monde qui l’entoure. La ville s’offre comme un laboratoire de formes à disposition, [c'est la version urbaine sans explosifs de Roman Signer]». Jean-Max Colard (Histoire rapide de la promenade, § 1).
Francis Alÿs, par Elsa Durieux :
L’artiste en appelle ainsi à « une pratique d’interprétation active par le public, chargé de donner à l’œuvre son sens et sa valeur sociale »Contre-champ iconoclaste à Jean Rouch: Francis Alys in 03. Autour de Jean Rouch.
A propos du film de Francis Alÿs, Wide Details, DVD documentaire sur des formes diverses et ingénieuses de street art trouvées par l’artiste dans la ville de Mexico, où il vit exilé volontaire, depuis 15 ans. De l’Accra de Jean Rouch (1954) au Mexico de Francis Alÿs (2008). Dans cette ville de «mutants» qu’est Mexico, on peut trouver un étrange écho aux Maîtres Fous. Mais là, on peut s’interroger sur le choix de filmer la litanie manuelle prosaïque d’un cireur de chaussures dans la rue, puis de la magnifier par la grâce d’une retranscription précieuse en une anim au dessin de style ligne claire associé à une ritournelle répétitive légère, dépressive et ravissante? Mais la déambulation ordinaire d’un autre piéton pensif dans une rue de New York, Fred Astaire, —qui a la maigreur de Francis Alÿs, mais pas les Converse—, stoppé dans sa rêverie de promeneur solitaire par le volontarisme d’un cireur de chaussure afro-américain qui se jette sur ses chaussures en cuir, va exploser en un pas de deux hystérique des deux protagonistes, sur le trottoir, autour du dispositif du cireur : autre forme de street art, autre forme de rituel cathartique du post-colonialisme.Pour rajouter une note historique à la figure du flâneur convoquée par Alÿs (street art) et telle qu’analysée par Walter Benjamin «Baudelaire ou les rues de Paris» in Walter Benjamin. œuvres III. Folio essais, pp. 58-59.
«Le génie de Baudelaire, nourri de mélancolie, est un génie allégorique. Avec Baudelaire, Paris devient pour la première fois un objet de poésie lyrique. Cette poésie n’est pas un art local, le regard que l’allégoriste pose sur la ville est au contraire le regard d’un dépaysé. C’est le regard du flâneur, dont le mode de vie couvre d’un éclat apaisant la désolation à laquelle sera bientôt voué l’habitant des grandes villes. Le flâneur se tient encore sur le seuil, celui de la grande ville comme celui de la classe bourgeoise. Aucune des deux ne l’a encore subjugué. Il n’est chez lui ni dans l’une ni dans l’autre. Il se cherche un asile dans la foule. On trouve chez Engels et chez Poe les premières contributions à une physiognomonie de la foule. Celle-ci est le voile à travers lequel la ville familière apparaît fantasmagorie et fait signe au flâneur. Ainsi travestie, elle est tantôt un paysage, tantôt une chambre. Le grand magasin, exploitant l’un et l’autre de ces thèmes, met à contribution la flânerie elle-même. Le grand magasin est le dernier trottoir du flâneur.
Dans la personne du flâneur, l’intelligence va au marché. Pour en contempler le spectacle, croit-elle, mais, en vérité — pour y trouver un acheteur. A ce stade intermédiaire où elle a encore des mécènes, mais déjà commence à se familiariser avec le marché, elle se présente comme bohème. Au flou de sa situation économique correspond le flou de sa fonction politique. Laquelle apparaît de la façon la plus visible chez les conspirateurs professionnels, qui tous viennent de la bohème. Leur premier champ d’action est l’armée, puis la petite bourgeoisie, occasionnellement le prolétariat. C’est pourtant parmi les véritables chefs du prolétariat que cette couche sociale trouve ses adversaires. Le Manifeste communiste met fin à leur existence politique. La poésie de Baudelaire tire sa force du pathos de la rébellion que cultivent ces groupes. Il se range du côté des asociaux. Il ne connaîtra de communauté sexuelle qu’avec une prostituée.»
La citation replacée dans son contexte de l’opération de Ré-enactment de la Galerie marchande ambulante de Filliou et Patterson. Bas de la page et aussi un arrière-plan psychanalytique.. renvoyant aussi à la promenade avec Marc dans les passages parisiens.
Images de l’exposition
Francis Alÿs, The Loop, Tijuana – San Diego, 1997. Cindy prend une carte postale.«C’est au milieu des années 90 que Francis Alÿs participe à ses premières biennales internationales. En 1997, il participe à In Site, exposition organisée dans la région frontalière entre San Diego en Californie et Tijuana au Mexique. Il consacre son honoraire d’artiste pour partir de Tijuana vers le sud, traverser l’Australie, remonter vers le nord le long du Pacifique, puis redescendre vers le sud en traversant l’Alaska, le Canada et les Etats-Unis, pour parvenir à San Diego sans avoir dû traverser la frontière entre les USA et le Mexique. Cette action apparemment extravagante mettait en lumière la difficulté éprouvée par les citoyens mexicains voulant se rendre aux Etats-Unis, ainsi que les excès de voyages, caractéristiques du monde de l’art dans les années 90. Comme à son habitude, Alÿs a disséminé l’œuvre via des cartes postales [recto-verso à l'image ci-dessus) —présentées dans cette exposition—, pour répandre au niveau mondial les idées de son action.» (Livret de l'exposition)
Statement: «Whereas the hightly rational societies of the Renaissance felt the need to create Utopias, we of our times must create fables.» (montage de feuillets-calque sous vitrine).
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Sous vitrine un montage de feuillets A4 dactylographiés en caractères courrier :1. Un poème-statement de Mahmoud Darwich
«You that stands in the entrance of the house
Please come in, drink some arab coffee with us
May be you will feel that you are people,
You are human beings, like us,
You who stands at the entrance of the house
Get out of our mornings
So that we will be sure that we are human beings too.»2. un brouillon de statement d'Alÿs «Walk as far....»
walk as far as you can remember
walk as far as you can see
walk as long as you can hold your breath
walk as far as you can ...
walk as far as you can hear the cry...
walk as far as you can throw a
walk as far as you may
walk as long as ......
Statement imprimé sur le mur qui faisait face à la vidéo-installation The Green Line, 2004, au 3e étage:«La société admet (et peut-être espère) que l'artiste, contrairement au journaliste, au scientifique, à l'étudiant ou encore à l'activiste, énonce une affirmation sans avoir à en faire la démonstration : c'est ce qu'on appelle la 'licence poétique'.
Ce statut particulier amène une série de questions:
- Une intervention artistique peut-elle vraiment engendrer une nouvelle manière de penser, ou est-il davantage question de créer une sensation de 'non-sens' qui montre l'absurdité de la situation?
- Une intervention artistique peut-elle traduire des tensions sociales en récits qui à leur tour interviennent dans le paysage imaginaire d'un lieu?
- Une action absurde peut-elle provoquer une transgression qui vous fasse abandonner les hypothèses habituelles sur les sources du conflit?
- Des actions artistiques de ce genre peuvent-elles générer une possibilité de changement?
Dans touts les cas, comment l'art peut-il résister politiquement significatif sans s'approprier de point de vue doctrinal ou sans ambitionner de devenir de l'activisme social?Pour le moment, j'étudie l'axiome suivant:
Parfois faire quelque chose de poétique peut devenir politique
Et
Parfois faire quelque chose de politique peut devenir poétique.Au cours de l'été 1995, j'ai fait une balade à Sao Paulo (The Leak) qui fut qualifiée de poétique, de beau geste.
Le 4 et le 5 juin 2004, j'ai reproduit cette performance en traçant une ligne à travers la ville de Jérusalem avec un pot de peinture percé.
La promenade suivait la partie de la 'Ligne verte' qui traverse la municipalité de Jérusalem. Ses points de départ et d'arrivée ont été déterminés par les frontières municipales dessinées sur la carte de Jérusalem produite par The Survey of Israel Institue en 2003.
58 litres de peinture verte ont été utilisées pour tracer 24 km de ligne.
En février 2005, une vidéo de la promenade a été présentée à plusieurs personnes invitées par l'artiste à réagir spontanément à l'action et aux circonstances dans lesquelles elle avait été effectuée. Une sélection de ces réactions accompagne ce film.» [reprises dans le livre contenant le DVD].