05. Autour d’Alien, rappeur.
mercredi 18 novembre 2009.
05. Autour d’Alien, rappeur. Le Landyland. «L’art à état vif».
Présentation de la production musicale du LandyLand. Clips.
Pour cette séance, c’est Florence Wang qui invite Alien, rappeur d’Aubervilliers:
«Issu du quartier du Landy, Alien nous décrit une réalité, celle de son quotidien, dans le « Bronx » d’Aubervilliers. Son rap, cru, issu du réel est pour moi loin du blingbling rutilant et dansant. Sur des instrumentaux sobres mais efficaces, il décrit son paysage urbain, sa jungle, sa vie. Il transforme la banalité de son quartier en recueil. Les images tournées dans sa rue sont comme un livre ouvert sur un théâtre oublié, sur lequel on voudrait fermer les yeux.
Pour nous ‘rap’peler que dure est la réalité, il la transcende en écrivant, en décrivant les murs de son quotidien pour qu’il reste des traces, des empreintes de ce qui survient là où il vit.
Le rap est pour moi un territoire de transformations, où l’on pousse le langage.
La langue française pousse sur la langue de certains rappeurs comme des aphtes comme des corps étrangers. Formation de ‘barbarismes’ direz-vous?
Eh bien, ils ne mâchent pas leurs mots! Les phrasés sont courts, crachés
Les mots dans la bouche sont mastiqués, triturés, avalés puis recrachés
Ils jouent avec la langue française dans un jeu pourtant presque malsain…
Chanter une langue qui ne les reconnaît pas…
Là, réside la question du Rap, un art lyrique, poétique, qui a du mal à se faire connaitre et reconnaitre par notre douce France. Douce France, quelle souffrance, cette ‘sous’-France.
Alien nous chante son quartier, sa scène, sa vie, pose ses textes avec ses amis, ses voisins. La plupart de ses clips sont tournés dans le Landyland. On a du mal a l’extirper de ce quartier et c’est tant mieux. Il faut s’accrocher pour parler de ses racines déracinées.
Aubervilliers photogénique, oui, par la présence de nombreuses usines désaffectées
La ville devient lieu de tournage, paysage urbain maussade,
des murs brûlés donnent le teint adéquat aux nombreux clip tournés.
Le quartier du Landyland devient scène, la vie transformée en cinéma.
Les exploits des habitants tournent sur leur télé de quartier incrustée dans youtube ou dailymo.» F. W.
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Liens
Alien:
http://www.dailymotion.com/video/x7wyi7_alien-freestyle-de-rue_music
http://www.dailymotion.com/video/x7ww2n_alien-xplosif-music-le-son-de-la-de_music
http://www.dailymotion.com/video/x98yc7_destin-de-pitbull-en-hd-alien-xplos_music
http://www.dailymotion.com/video/xavfu7_alien-6sens-la-plume-du-beton-prod_music
Clip tourné à Aubervillers:
http://www.dailymotion.com/video/x5465b_kery-james-feat-mac-tyer-patrimoine_music
Printemps 2009, Florence avait filmé Alien. 4e promenade, dite de la Montjoie, dans:
L’Atlas des promenades.
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Le Landy. Archéologie et art contemporain.
«Nous avons appris de Nicole Rodrigues, de l’unité d’archéologie de Saint-Denis, que des fouilles dans la rue du Landy avait permis de découvrir des objets datés du néolithique. La Montjoie cache bien des mystères, la ville d’hier refait surface. Le Landy fut un lieu de réunion qui accueillait foires et fêtes, un lieu où les idées s’échangeaient. Pas étonnant que l’artiste Thomas Hirschhorn ait choisi la cité Albinet pour y construire son Musée précaire, déplaçant des œuvres du Centre Pompidou sur un territoire oublié de la « culture ». Alien qui a participé à la construction de ce musée nous commentera quelques images.» F. W.
Thomas Hirschhorn répond aux questions de Nana Omi et Luen-yu Lu, à propos du Musée Précaire, dans son atelier (juin 2004). Vidéo d’Hajime Takeuchi (Paris 8).
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Bibliographie
Renée Green. Wavelinks. «Comment le son circule-t-il parmi d’autres formes de circulation? Comment l’attention auditive est-elle maintenue et comment est-elle interrompue? Qu’y a-t-il au-delà de ce qui est contrôlable, dans la manière dont nous entendons et dont nous sommes affectés par le son, qu’il provienne de l’extérieur ou qu’il émane de nos corps et de nos têtes?…»
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Richard Shusterman, L’Art à l’état vif. 1992
R.C. développe ici une esthétique pragmatiste après John Dewey (L’Art comme expérience, 1934). «J’essaierai de m’attaquer à des cas plus spécifiques, pour élargir de fait les limites de l’art, d’une part en m’attachant à l’art éthique —façonner sa vie comme une œuvre— mais aussi en incluant à l’art, en raison de ce qu’elles ont d’incontestablement gratifiant pour l’expérience esthétique, certaines formes de la culture populaire.» R. C.
«Les cinquante pages qu’il consacre à « l’art du rap », à l’élucidation de son message politique et de ses singularités esthétiques (récupération de musiques plus anciennes, pratique du collage, travail sur la répétition) sont si vivantes et judicieuses qu’elles justifient à elles seules la lecture de l’ouvrage.» Christian Delacampagne.
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artpress trimestriel n° 15. L’Art des sons. Novembre/décembre/janvier 2010.
Brandon Labelle. «Un corps sonore». P. 104. «Le passage d’un métro sous terre, dans le bar où je suis assis à manger une soupe, produit une petite vibration traversant le plancher, remontant par les pieds métalliques de la table, parvenant finalement jusqu’à son plateau, que mes bras appuyés sur le rebord ressentent comme un chatouillement au contact du marbre; c’est un train, plusieurs mètres en dessous, au travers d’un réseau de frictions qui met en relation ma peau et le sol jusqu’à la surface de mes os. Une vibration est un vigoureux signal sonore, d’une vitalité élémentaire dans l’entrelacs et les ruptures des phénomènes auditifs. Retracer son mouvement ouvre des horizons élargis qui voyagent au travers des murs, sous les parquets, par l’entrebâillement des fenêtres. Passant par l’oreille, le cœur d’une sonorité parvient au cœur du corps. [...] la vibration est une onde qui franchit la séparation que nous imaginons entre nous et l’espace; l’écho brise alors que la vibration recoud, relie, rendant toute chose vulnérable parce qu’en résonance.» Essai à paraître: Acoustic Territories: Sound Culture and Everyday Life. Continuum. 2010
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Sonic Process. Une nouvelle géographie des sons. Exposition au Centre Pompidou. 2002-2003.
Télécharger le sommaire du catalogue de l’exposition pdf
Deux allusions au Rap dans le catalogue.
Nicolas Bourriaud, p. 115.
«Dans les années 70, le rap est né d’un alliage entre le turntable et le manque de moyens, généralisant l’idée que l’on pouvait se contenter des parties instrumentales d’un disque que l’on jouait les unes à la suite des autres. Mais on pourrait également faire remonter sa naissance à l’irruption du sound system jamaïcain dans la vie quotidienne afro-américaine.»
Ulf Poschardt, p. 83, développe le propos.
«Dans le Bronx, les liens culturels et ethniques que les immigrés venus des Caraïbes n’ont cessé d’entretenir avec les sound systems jamaïcains et leurs DJ-Battles sont demeurées vivants grâce aux block parties (‘fêtes de village’) et à ces mêmes DJ-Battles qu’on y organise en plein air. Le bidouillage de Grand Master Flash atteint dans ces fêtes du Bronx un tel degré de virtuosité que les MC (Mic Controllers ou Masters of Ceremony) doivent rendre la funkiness, qui a d’abord été déconstruitre, puis reconstruite, festive et dansable pour le public, accompagnant les beats du DJ de formules désinvoltes et de rimes habiles. Ainsi, dans le hip-hop aussi, l’innovation suit le schéma: découverte du mode de diffusion puis possibilités de transformation. Le nouvel usage de la fête comme mode de diffusion —outre ses espaces clos et ses mécanismes d’intégration et d’exclusion— atteint sa véritable expression lorsque les platines deviennent instruments pour virtuoses. Les tables de mixage modifiées ne sont pas seulement le support de la virtuosité, elles permettent aussi un travail minutieux de composition sur chaque morceau, que d’autres DJ reprendront, des années plus tard, dans des remixes et graveront sur le vinyle. Finalement être DJ, c’est avoir l’intuition des formes de production nouvelles, qui dix ans plus tard, sembleront aller de soi. L’innovation esthétique apparaît toujours, d’un point de vue médiatico-technique, dans des lieux de proximité sociale: là où la musique est vécue, fêtée et dansée en groupe. La popularité vient ensuite grâce aux médias comme la radio, puis plus tard, les clips et les programmes de télévision. Il apparaît donc que le fondement social de la musique et de l’esthétique DJ s’oppose directement au discours élitiste et solitaire de l’e-musique et de ses expérimentations d’après-guerre. Le caractère autiste et impopulaire de cette musique électronique tient d’abord à sa fermeture d’esprit, à la fois sociale et médiatique.»
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Liens
jeudi 19 novembre 2009 à 18h 30, dans les locaux du stade.
Jeudi de l’architecture avec Richard Rogers