Francis Alys.
Architecte de formation, Francis Alys vit à Mexico depuis les années 80. Inspiré par cette ville en mouvement, en désordre et en dégradation, il cherche à l’infiltrer. Son étude des mouvements de la ville, s’effectue à travers ses propres déplacements, qu’il met en scène dans des actions artistiques qu’il assimile à «un espace perçu en tant que mouvement ».
En touriste éclairé, l’artiste fait de la marche une discipline artistique à part entière. Il s’agit pour lui d’ «un exercice conceptuel pour élaborer les récits d’un corps en plein mouvement dans le temps et dans l’espace». Pour cela, il s’immerge dans la vie quotidienne de la ville, dans le terrain même. On pense à son action dans la tornade, où caméra à la main, l’image n’est plus que du sable et de la terre et le son plus qu’un rythme respiratoire difficile et saccadé.
Il collecte aussi, par l’errance et la déambulation, les éléments d’une mémoire visuelle qui met en avant des images de la précarité. C’est la figure du marginal qui l’intéresse: le sans-abri, le chien errant ou encore la bouteille d’eau en plastique roulant à travers les pieds des uns et des autres. Sa tendance à réfléchir est construite de manière cyclique et non définitive. Dans sa démarche, chaque chose mène à une autre, il n’y a ni début, ni fin. Il n’y a pas de conclusions, ses projets nous laissent toujours dans l’attente d’un futur.
Francis Alys modifie aussi légèrement nos échelles ou nos perspectives habituelles (formats des peintures, peinture dans la rue, glace dans un pays chaud) pour nous dérouter et nous amener à la réflexion. L’artiste en appelle ainsi à « une pratique d’interprétation active par le public, chargé de donner à l’œuvre son sens et sa valeur sociale ». Pourtant, on constate que, parmi les habitants de Mexico interrogés par l’artiste ou le cameraman à propos de ses actions, beaucoup ne comprennent pas ce qu’il exécute. Son travail ne semble pas éveiller chez ces habitants de réelles interrogations, ni réflexions, que l’artiste recherche pourtant.
Mais son travail et son film soulèvent d’autres questions (auxquelles je ne peux pas forcément répondre…). Alors Anthropologie visuelle ou Art ? Ces images sont-elles données à voir aux habitants de Mexico, ceux qui sont filmés, pour leur permettre de voir et peut-être de comprendre leur propre comportement? Simple création? Ou réelle réflexion? Son but est-il de produire des images photographiques ou des images vidéos sur un terrain de recherche afin de générer de la connaissance sur l’Autre? (comme le voudrait l’anthropologie visuelle…). S’agit-il d’un processus de recherche AVEC des images? Ou de la recherche SUR les images? A méditer peut-être…
Elsa.D