Une artiste dans la ville

On parle beaucoup de chantiers ici, vous ne trouvez pas? J’en rajoute une couche? Alors je commence avec l’artiste espagnole Lara Almarcegui.
Elle travaille sur les espaces de la ville qui sont laissés en suspens. Des terrains vagues,  dont on a, comme leur nom l’indique peut être, qu’une vague idée de ce qu’il vont devenir. On pourrait y construire des habitations, un centre d’art. Puis le temps passe, et il ne se passe rien. Avec Wastelands Map Amsterdam, guide to the empty sites of Amsterdam (1999), Lara Almarcergui dresse la cartographie des espaces non aménagés de la ville d’Amsterdam. Des espaces dont on ne fait rien. Des espaces vides, littéralement abandonnés, dont le temps semble être seul à les façonner. Petit à petit, ils se transforment en décharges sauvages. La végétation se fait plus dense. Elle fait l’inventaire d’espaces qui nous semblent comme oubliés. Ce faisant, elle braque sur eux un projecteur, nous forçant ainsi à les voir, à les (re)considérer. Tout son propos s’articule autour du contraste qui se forme entre la politique d’urbanisation, qui engendre quantité de constructions, et ces terrains vagues, qui apparaissent comme des «trous» au milieu de la toile urbaine.

Voilà ce que dit l’artiste sur son travail :

« Mon intention est d’interroger la planification urbaine à travers l’étude des lieux qui échappent à une définition ‘figée’ de la ville ou de l’architecture : parcelles vides, friches, bâtiments en attente de démolition ; des endroits qui échappent à un design défini et qui restent ouverts à toutes sortes de possibilités, ceci étant dû à un manque d’intérêt ou de mémoire. J’aime identifier les parcelles vides d’une ville et publier des guides pour les relier, montrant ainsi l’intérêt de chaque terre à l’abandon en les décrivant soigneusement comme des endroits différents du reste de la cité. D’autres projets consistaient à simplement ouvrir l’accès, habituellement fermé, d’un ‘espace vide’ pour que le public puisse le visiter, et changer par là même l’utilisation du terrain et sa perception. Dans mes derniers projets, je persuade les propriétaires de différents terrains de les garder vides et non construits. J’imagine que, dans quelques années, ces terres en friche, ‘protégées par le projet artistique’, seront le seul vide au milieu des constructions. J’aimerais préserver ces friches le plus longtemps possible.»

Chez Lara Almarcegui,  le terrain en friche est vu  comme une sorte de répit offert à la ville. Le terrain vague serait comme une pause, face à  l’effervescence urbaine.
Clémentine Buisset.