L’art vidéo de Jacques Perconte est comme nourrie de la mémoire de la peinture et de la photographie. Ses plans fluides, coupés, pixellisés sont très picturaux en même temps. Par l’enregistrement successif de l’écran, l’image perd sa consistance, elle s’efface… elle est tremblante, comme dans les films muets du début de siècle dernier. Les contours s’effacent progressivement et tout ce qui reste, si on regarde les yeux entre ouverts, ce n’est qu’un mouvement continuel de couleurs. Ce qui en résulte c’est un «paysage numérique», une aura spéciale, très personnelle. Les enregistrements devant l’écran ressemblent au processus de la photocopie: la photocopie de la photocopie, de la photocopie et ainsi de suite. Le contenu a tendance de s’effacer. Jacques Perconte adopte plusieurs façons de faire de films. Soit il récupère des films de cinéma déjà faits, une méthode appropriationniste, comme celle présenté par Marion Tampon-Lajarette, soit il filme avec une caméra fixe des personnages qui créent eux-mêmes le mouvement. Dans ce cas, son approche rappelle de celui de la chorégraphe Prue Lang, que nous avons vue dans la dernière conférence. Pourtant, si on compare à Prue Lang, on peut voir que même si la caméra reste fixe, la vidéo en tant qu’outil de création et de pensée est très présent. Chez Prue Lang, la chorégraphe qui nous a ébloui par la beauté de la danse, à mon avis, la vidéo n’a qu’un rôle de témoin, d’enregistreur. Et même, comme elle même le dit à un moment donné, les prises de vue ne sont pas excellentes, assez mauvaises parfois. On ne voit pas très bien.
Alors que pour Jacques Perconte la vidéo constitue l’élément central, c’est l’outil de réflexion par excellence, l’image est travaillée, retouchée, refaite. Les personnages qui dansent sont là seulement pour créer du mouvement. Certains projets vidéo présentés à la conférence sont très mouvementés, défilent très rapidement devant nous et ont un caractère presque hallucinatoire. Parfois ils nous rappellentl’art de Nam June Paik, dans les éléments comme la vitesse, la couleur, les dispersions, l’incohérence des plans. Il y a là une instabilité dans les vidéos des deux artistes. Ce mouvement perpétuel, obsessionnel, requiert de la part de l’observateur la mobilisation de sa mémoire et maintient en alerte permanente son système perceptif.
Lavinia Raican