RIBAULT Patricia

« Visions et Frictions »

Enseignant•e
RIBAULT Patricia
Jour
Mardi
Horaire
18h-21h
Salle
A1 - 172
Niveau
M1
Semestre
Annuel
UE
UE Recherche
EC
EC Cycle de conférences
Premier cours
1er cours le 14 Octobre 2025

Dans un climat où l’imaginaire est essoufflé voire bloqué par les enjeux du temps présent (notamment écologiques et politiques), les « visions » qui seront présentées dans ce cycle de conférences porteront le souffle vital de projets, œuvres ou idées, qui ont à voir avec les passions, les utopies, la curiosité, la connaissance. Qu’elles soient menées avec raison ou déraison, réalisme ou fantaisie, ces visions nous feront traverser les frontières des possibles, tout en faisant l’expérience d’un certain nombre de « frictions ». De l’intuition à la réalisation, nous verrons ce qui se passe quand ça frotte, ça chauffe, se mêle ou s’entrechoque, au point où les résistances créent des étincelles, parfois fertiles. Car quelle que soit sa forme, une idée neuve met en tension, forme et déforme la société. L’accepter, c’est donc accepter de faire l’expérience de cette friction.

Calendrier spécial :

Mardi 14 octobre : Séance d'introduction — Patricia Ribault
Mardi 9 décembre: Philippe Liotard
Mardi 16 décembre : Armando Menicacci
Mardi 10 février : Alexandra Arènes
Mardi 17 février : Alice Jarry
Mardi 10 mars : Olivier Hamant
Mardi 31 mars : Juliette Agnel
Mardi 28 avril : Séance de clôture

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Mardi 9 décembre : Philippe Liotard : Le visage, révélateur des visions utopiques du corps et de leurs frictions normatives au XXIè siècle

Dans les sociétés occidentales, les modifications corporelles de l’apparence ont gagné depuis le début du XXIe siècle des zones du corps initialement vierges, notamment le visage. C’est à partir de ce constat que j’analyserai les visions utopiques du corps ayant émergé dans les années 1990, pour saisir comment elles ont produit des frictions normatives, générant des transgressions, déplaçant les normes de l’apparence, les reconfigurant, au sein de communautés elles-mêmes transgressives (les scènes punk, queer, des bodmods…), avant de se disséminer auprès d’un public plus large. Pour que ces pratiques profondément humaines de transformation de l’apparence, visant à se fabriquer une gueule, soient possibles, il a fallu qu’émergent et se stabilisent certaines techniques (implants, tatouage des yeux, scission de la langue) et que d’autres soient réinventées (tatouage, scarification, piercing), ou simplement expérimentées (ablation du nez, des oreilles, des dents…).

Philippe Liotard est maître de conférences HDR à l’Université Claude-Bernard Lyon1, au sein du laboratoire L-VIS (Laboratoire sur les Vulnérabilités et l’Innvoation dans le Sport), Agrégé d’EPS, il a enseigné à Strasbourg et Montpellier avant de rejoindre Lyon 1, où il a été chargé de mission Égalité-Diversité et référent racisme-antisémitisme (entre 2008 et 2023). Son parcours s’est construit autour d’une approche sociologique et anthropologique du corps. Ses recherches portent sur les modifications corporelles depuis les plus insidieuses (liées à l’éducation) jusqu’aux plus visibles (tatouages, piercings, implants) en passant par les modifications à visée identitaire ou fonctionnelle qu’il aborde d’un point de vue éthique.
Il travaille également sur les vulnérabilités et les discriminations dans le sport, les violences de genre, les minorités sexuelles et de genre, et les politiques d’inclusion. Depuis la fin des années 1990, ils articule ses travaux sur les modifications corporelles volontaires aux arts de la performance et aux cultures punk, queer et aux bodmods.

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Mardi 16 décembre : Armando Menicacci : La corporéité dansante, condition de possibilité de tous les arts ? Une hypothèse de travail.

Cette conférence propose de repenser en profondeur la manière dont nous concevons les arts, leurs relations et leurs modes d’existence, en prenant pour point d’origine non pas les catégories héritées de l’histoire — celles qui, des Beaux-Arts classiques aux taxinomies modernes, ont structuré les disciplines artistiques — mais l’intelligence sensori-motrice du corps dansant. À rebours des systèmes fondés sur les arts d’imitation, tels que formulés par Aristote dans la Poétique, où la valeur artistique dérive de la représentation, de l’agencement de l’action ou du régime symbolique du langage , cette proposition invite à déplacer le centre de gravité de la théorie esthétique vers le mouvement comme puissance générative. Ce déplacement s’inscrit dans une critique constructive des modèles traditionnels tels que ceux qui ont présidé à la constitution des Beaux-Arts.

Mon hypothèse, est que la danse, ou plutôt la "danséité" si le mot existait, en tant qu’organisation sensori-motrice spécifique, telle que décrite par orchésalité par Michel Bernard comme Orchésalité, est peut être ce qui permet la traduction artistique elle même. avant qu’elle prenne forme de volume, de traces sur surfaces, de son, d’espaces habitables, ou de gests. Et si on pensait l’organisation sensori-motrice de l’état de danse comme la condition de possibilité des arts? En prenant la danse comme paradigme, cette conférence développe l’idée selon laquelle un système des arts fondé sur la sensori-motricité reconfigure les frontières disciplinaires : ce qui régit tout geste n’aurait-il pas origine dans sa gestation ? Ce système théorique vise à montrer que les arts, loin de constituer un ensemble de catégories fixes, forment un écosystème dynamique, structuré par des forces, des intensités et des capacités d’agir. La danse, en tant qu’art de la transformation corporelle et perceptive, met au jour ces logiques profondes

Après des études en danse classique et contemporaine, Armando Menicacci obtient une maîtrise en musicologie à l’Université de Rome et un doctorat sur les relations entre la danse contemporaine et les technologies numériques à l’Université Paris 8. Il a publié trois livres et de nombreux articles dans les domaines de la musique, du théâtre, de la robotique, de l’architecture, de la psychologie, de la danse et des technologies. Il a été Professeur au Département de danse de l’UQAM entre 2015 et 2019. Parallèlement à ses projets d’écriture, il réalise des créations en arts numériques et conçoit des expositions, en Europe, Afrique, Amérique du Nord et du Sud. En 2021, il a fondé avec Nicolas Berzi SIT Scènes Interactives Technologiques, OBNL dédié au soutien de la scène contemporaine grâce au développement de technologies numériques spécifiques.

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Mardi 10 février : Alexandra Arènes : Renouveler les cosmogrames avec les arts et les sciences

« Comme tout le monde l'a appris à l'école, chaque fois que la position de la Terre dans le cosmos est modifiée, une révolution de l'ordre social s'ensuit. Souvenez-vous de l'affaire Galilée. Lorsque les scientifiques ont fait bouger la Terre autour du Soleil, toute la structure de la société s'est sentie menacée. Aujourd'hui, quatre siècles plus tard, le rôle et la position de la Terre sont à nouveau bouleversés par les nouvelles sciences : il semble que le comportement humain ait poussé la Terre à réagir de manière inattendue. Et une fois de plus, toute l'organisation de la société est bouleversée. Secouez l'ordre cosmique et l'ordre politique sera également secoué. » Bruno Latour, conférence spectacle La Trilogie Terrestre de Frédérique Aït-Touati.

Comment comprendre ce nouvel ordre cosmique, ce cosmos dominé par l’Anthropocène ? Comment atterrir ? Avec qui, et avec quelles représentations ? Comment les arts et les sciences peuvent-ils travailler ensemble pour construire un monde commun ?
Cette conférence ne donnera bien sûr pas des réponses à ces questions mais proposera de regarder quelques endroits sur terre avec de nouvelles cartes, de nouvelles visions, à travers les expériences de travail transdisciplinaire des projets de recherche action/création Terra Forma (B42, 2029), Gaiagraphie (B42, 2025) et Comment atterrir ? (LLL, 2025).

Alexandra Arènes est architecte et docteur en architecture à shaā, atelier d'architecture et d'urbanisme (www.shaa.io), et SOC (Société d'Objets Cartographiques), plateforme de recherche art et science. Elle est également Maitresse de Conférence associée à l’ENSA Paris Malaquais. Ses recherches et sa pratique portent sur la compréhension et la représentation des paysages dans le contexte du changement climatique. L’atelier a conçu une installation au musée ZKM de Karlsruhe pour l'exposition Critical Zones. Observatories for Earthly Politics, organisée par Bruno Latour. Elle est co-autrice de Terra Forma, manuel de cartographies potentielles publié par B42 (2019). Son nouveau livre Gaïagraphie. Carnet d'exploration de la zone critique (B42, 2025) restitue le travail de terrain dans la zone critique.

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Mardi 17 février : Alice Jarry : Emmêler la boucle : Matières résiduelles et alliances éco-technologiques

L’époque actuelle est à la fois marquée par l’urgence écologique et par l’ubiquité technologique, qui accentuent les inégalités sociales, politiques et environnementales. La transformation du vivant en objet computationnel, l’instabilité croissante des climats et l’épuisement des ressources naturelles apparaissent désormais comme étroitement liés. Alors que la majorité des matières extraites, transformées, consommées et jetées peinent encore à trouver une seconde vie, les conséquences de nos régimes de production linéaires révèlent des relations toujours plus complexes entre la technosphère et la biosphère. Au-delà de l’utopie de nos imaginaires circulaires, comment porter un regard critique et éthique sur la matière résiduelle, vivante comme non-vivante ? Quelles techniques de relation peuvent nous rendre plus attentifs aux récits oubliés que portent les matériaux ? Et comment les réimaginer non seulement comme la fin d’un cycle productif, mais comme des modes d’existence sociaux, politiques et écologiques distincts, mais interdépendants ? Pour réfléchir à ces questions, cette présentation s’appuiera sur des approches issues de pratiques en art, design et science, incluant certains projets de la Chaire de recherche en Pratiques Critiques en Matériaux et Matérialité. Elle examinera comment des relations sensibles entre technologies et matières vivantes, semi-vivantes et résiduelles peuvent ouvrir de nouvelles alliances entre l’humain et l’environnement. En explorant les dimensions affectives et effectives de la matérialité, il s’agira ainsi d’explorer comment de nouvelles alliances et imaginaires permettent de repenser les liens entre matière, technologie et milieux écologiques dans des termes plus écosystémiques d’interdépendance, de coopération et de justice.

Alice Jarry est professeure en design et en arts numériques à l’Université Concordia (Montréal), ainsi que titulaire de la chaire de recherche de l’Université Concordia en pratiques critiques des matériaux et de la matérialité. Elle est également codirectrice d’Hexagram – réseau international dédié à la recherche-création en arts médiatiques, design, technologie et culture numérique, et directrice du Speculative Life Biolab du Milieux Institute. En tant qu’artiste-chercheuse, elle se spécialise dans les œuvres in situ, les pratiques art-science et le design socio-environnemental. Ses recherches s’appuient sur des préoccupations esthétiques et politiques pour porter un regard critique sur la production matérielle et les infrastructures. En se concentrant sur les matières résiduelles et les biomatériaux/composites actifs pour l’environnement bâti et les arts, elle examine comment la matérialité – engagée dans des processus de transformation avec le site, la technologie et les communautés – peut provoquer l’émergence de relations socio-environnementales résilientes. Les œuvres d’Alice Jarry ont été présentées à l’échelle internationale, notamment au Centre Culturel Canadien, au Centre Pompidou, au Planétarium de Montréal, à Vox, centre de l’image contemporaine, à la Biennale Némo, au Museo Nazionale Scienza e Tecnologia Leonardo da Vinci, à la Biennale internationale d’art numérique et à la Device_Art Triennale.
Site Materials & Materiality : https://materials-materiality.ca/

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Mardi 10 mars : Olivier Hamant : Le temps de la robustesse

Compétitivité débridée, flux tendu, agriculture de précision, smart cities... Paradoxalement, l'âge de l'optimisation, de la performance et du contrôle rend notre monde toujours plus fluctuant: méga-feux, dérive sécuritaire, guerre mondialisée. En s'inspirant des êtres vivants, nous pourrions apprendre une autre façon d'habiter la Terre. Alors que les sociétés humaines modernes ont mis l'accent sur l’efficacité et l’efficience au service du confort individuel, la vie se construit plutôt sur les vulnérabilités, les lenteurs, les incohérences… c'est-à-dire des contre-performances, au service de la robustesse du groupe. Un contre-programme?

Olivier Hamant est biologiste, chercheur à l’INRAE, au sein de l’école normale supérieure de Lyon, auteur et conférencier. Il a publié une centaine d'articles scientifiques sur la biophysique et le développement des plantes. Ce sujet de recherche pose aussi la question de la robustesse du vivant sous un angle nouveau. Nourri par cette recherche fondamentale, et dans sa fonction de directeur de l’institut Michel Serres, il contribue à plusieurs projets dans les domaines de l'art, de la science et de l'éducation autour des enjeux existentiels de l'Anthropocène. La question de la robustesse du vivant vient notamment alimenter une réflexion sur les leçons à prendre du vivant pour habiter la Terre (La troisième voie du vivant - Ed. Odile Jacob; Antidote au culte de la performance - Ed. Gallimard).