Cours
Histoires (inquiètes) de collections : réseaux de relations, noeuds de questions
Enseignant•e

Marian Nur Goni

Jour / Lieu

Mardi, 15h-18h
A 062

Niveau / Semestre

M1, Semestre 2

EC / UE

EC Cycle de conférences
UE Recherche

Au cours de ce cycle de rencontres, nous explorerons, avec des chercheur.e.s et artistes invité.e.s, l’histoire de collections (d’images, d’objets dits ethnographiques mais aussi de “spécimens naturels”, plantes et animaux) de la période coloniale à la période post-coloniale, prises entre les mailles de relations sociales et de rapports de pouvoir. Ce faisant, il s’agira de reconnecter ces histoires et les savoirs, pratiques et institutions qu’elles impliquent, à des questions du présent (legs de l’histoire coloniale, enjeux environnementaux, demandes de réparations ou de restitutions).

Séance #1, mardi 4 février 2025 - Marian Nur Goni, Introduction (séance reportée à une date ultérieure)

Séance #2, mardi 11 février 2025, - Némo Camus, « Conversation avec ma grand-mère : hériter de mots, d’images, de mouvements. À partir de Dona Lourdès »

Séance #3, mardi 18 février 2025 - Myriam Omar Awadi, « Les feux que vos derniers souffles ravivent »

Séance #4, mardi 4 mars 2025 - Deneth Piumakshi Veda Arachchige « Art, activism and restitution »

Séance #5, mardi 18 mars 2025 - Greer Valley, « Institutional Intimacies: Artistic Practices and the Dynamics of Visibility in the Zeitz MOCAA Atelier Programme »

Séance #6, mardi 25 mars 2025 - Sarah Frioux-Salgas, « 1er Festival mondial des arts nègres de Dakar (1966) : partage d’archives. Discussion à part égale »

Séance #7, mardi 1er avril 2025 - Aline Pighin, « Thomas Makoulet-Manga, Adèle X et tous les autres. Les sujets des photothèques (post)coloniales peuvent-ielles (nous) parler ? Photothèque du Ministère de la Coopération, 1960-70 »

Séance #8, mardi 8er avril 2025 - Conclusions

DÉTAIL DU PROGRAMME

Némo Camus, « Conversation avec ma grand-mère : hériter de mots, d’images, de mouvements. À partir de Dona Lourdès »

Séance #2, le 11 février 2025 de 15h à 18h en salle A 062

C’est en interrogeant ma grand-mère sur l’histoire de sa vie qu’une avalanche de questions se posent à moi, et à elle. À partir d’enregistrements sonores réalisés avec elle, se construit peu à peu la performance Dona Lourdès. Conçue en étroite collaboration avec le performer Robson Ledesma, cette pièce tisse un dialogue entre plusieurs couches historiques, narratives et symboliques, avec en leur centre deux éléments : un tableau - A Redençao de Cam de Modestos Brocos (1895) - et un film - Orfeu Negro de Marcel Camus (1959). Il s’agira alors d’aller sonder les connexions transatlantiques d’une histoire familiale et collective ambigüe. D'observer les gestes, et les silences.

Némo Camus est un artiste sonore et documentaire basé à Bruxelles. À partir d’une approche de terrain localisée, il travaille les allers et retours entre récits et histoire, dans un désir de travailler avec toujours plus de subtilité la trace, l’indice, la suggestion. Son travail, qui se déploie sous la forme de pièces radio, d’installations sonores ou de performances, a été présenté à l’iMAL à Bruxelles, à Framer Framed à Amsterdam, à l’Atelier de Paris ou encore à la Biennale de Dakar. Il collabore pour la performance et les arts visuels avec Pélagie Gbaguidi, Esther Mugambi, Joëlle Sambi, Aïssatou Ciss, etc. Il est membre de la revue Jef Klak.

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Myriam Omar Awadi, « Les feux que vos derniers souffles ravivent »

Séance #3, le 18 février 2025 de 15h à 18h en salle A 062

Ces souffles qui défient le temps - certains sont constitués d’un air qui a plus de deux cents ans - ces souffles viennent des voix de femmes de l’océan indien, des juzur al camar, Moheli, Anjouan, Grande Comore, Mayotte, des Mascareignes et de l’Afrique australe. Ils sont leur chants, ils expriment leur colère contre les autorités patriarcales-coloniales-locales et religieuses, leurs désirs, leurs érotismes, leurs irrévérences, leurs badasseries. Ils sont puissance d’agir tant ceux-ci deviennent performatifs. Le chants comme moyens poétique et politique de libérer les voix, les corps, nos communautés, nos peuples à venir. Les souffles, ce sont aussi les chants qui paraissent sentimentaux à la première écoute, et qui pourtant contribuent à la transmission orale et filiale d'autres récits de l’histoire, celleux qui la renversent, l’Histoire, aussi doucement et tendrement qu’une caresse...

Myriam Omar Awadi est une artiste franco-comorienne. Elle vit et travaille à La Réunion. Myriam crée des dispositifs de parole et d'écoute pour des voix qui ne sont pas toujours audibles et des présences invisibles. Ses recherches récentes se concentrent sur les traditions féminines de chant et les rituels de possession des îles de l'océan Indien et de l'Afrique australe, qui inscrivent des présences et des récits oubliés. La transe est donc envisagée à la fois comme une technologie et une méthode : convoquer nos fantômes et colmater les trous des architectures de nos mémoires en spéculant des fictions sensibles de ce qui a été et de ce qui adviendra certainement dans un tremblement. En 2016, elle fonde le laboratoire Paroles Paroles au sein duquel il est question de chercher la parole précisément là où elle n’existe pas encore, de s’inventer des langues idiosyncrasiques porteuses de tous les savoirs transmis qui veillent en nous. Elle a co-fondé l’artist-run space La Box au Tampon (Tampoana en malgache : là d’où l’on voit loin) dans le sud de l’île de la Réunion et, depuis 2021, elle collabore régulièrement avec l’équipe éditoriale de la revue Afrikadaa.

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Deneth Piumakshi Veda Arachchige « Art, activism and restitution »

Séance #4, mardi 4 mars 2025 de 15h à 18h, en salle A 062 (Anglais/français)

In her presentation, Deneth Piumakshi Veda Arachchige will speak about her artistic work as a non-academic female artist coming from a small town in Sri Lanka, her journey through European ethnographical museums’ archives and discovering Sri Lankan ancestral remains. Her work deals with restitution from a feminist point of view, bringing back forgotten archives and posing many questions to the museum's personnel, institutions and European societies. As a brown female artist she will also highlight the absence of art coming from coloured female artists and non-European feminism. Finally, she will share her experience of how art and activism can bring changes to individuals and society.

Born in 1980, Kurunegala, Sri Lanka, Deneth Piumakshi Veda Arachchige’s multidisciplinary works employ voices, videos, photography, sculpture, painting on traditional Sri Lankan ‘cheetha’ textiles and embroidery on different surfaces, including the palms of volunteers. Through stitching, drawing, standing still, inquiring, she brings light on the forgotten colonial entanglement of European countries in Ceylon during the 19th century; on the Sri Lankan diaspora in Europe; on untold stories of women who are domestic workers in the Middle East and women and children in war zones; or on impossible restitution of the Sri Lankan cultural heritage by European museums. Her artistic practice runs along a thin line which separates art and activism; it is her intention to play with that tension. Highlights of her exhibitions are ‘Restitution as self-portrait’ (12th Berlin Biennale, Germany, 2022), ‘Voices from an archived Silence’ (Theatre Basel, Switzerland, 2020).

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Greer Valley, « Institutional Intimacies: Artistic Practices and the Dynamics of Visibility in the

Zeitz MOCAA Atelier Programme »

Séance #5, le 18 mars 2025 de 15h à 18h en salle A 062 (Séance par Zoom en anglais)

This seminar critically engages with the Zeitz MOCAA Atelier programme, exploring the intricate relationships between artists and the museum as an institutional space. By examining the public display of private artistic practices, the conference interrogates the dynamics of visibility, authorship, and engagement. Through reflections on the evolution of the Atelier model at the MOCAA, it raises essential questions about the role of museums in shaping artistic production and the shifting boundaries between artmaking and audience. During the seminar we will be rethinking the possibilities and challenges of making art public within contemporary institutional frameworks.

Dr Greer Valley is a curator, scholar, and researcher whose work critically examines the intersections of art, history, and epistemic justice. As Senior Curator and Head of Curatorial Affairs at the Zeitz Museum of Contemporary Art Africa (Zeitz MOCAA) in Cape Town (South Africa), she oversees exhibitions and programs that amplify artistic practices from Africa and its diasporas within global conversations. With a PhD in Art Historical Studies from the University of Cape Town, as well as postgraduate degrees in Visual Art (MAVA) and Architecture (BArch), Dr. Valley brings a transdisciplinary perspective to her curatorial practice. Her current research and practice is focused on interrogating the representation of African colonial histories within institutional and exhibitionary contexts.

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Sarah Frioux-Salgas, « 1er Festival mondial des arts nègres de Dakar (1966) : partage d’archives, discussion à part égale »

Séance #6, le 25 mars 2025 de 15h à 18h en salle A 062

De 2020 à 2022, des institutions sénégalaises, suisses et françaises ont collaboré pour travailler sur les archives du 1er festival des arts nègres de Dakar dispersées dans ces trois pays. Nous reviendrons au cours de la séance de ce séminaire sur les modalités de ce projet collectif. En effet, comment mettre en œuvre un projet concernant l’histoire culturelle du Sénégal, avec des financements européens ? Cette question fondamentale qui a été notre boussole éthique nous a permis de mettre en place une discussion à part égale entre tous les partenaires du projet.

Sarah Frioux-Salgas est responsable des archives du musée du quai Branly, commissaire d’expositions et éditrice chez Ròt-Bò-Krik.

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Aline Pighin, « Thomas Makoulet-Manga, Adèle X et tous les autres. Les sujets des photothèques (post)coloniales peuvent-ielles (nous) parler ? Photothèque du Ministère de la Coopération, 1960-70 »

Séance #7, le mardi 1er avril 2025 de 15h à 18 en salle A 062

« Boxeur. Photographe. École de cinéma Vaugirard (France) ». C’est en ces quelques mots que plusieurs dictionnaires des cinémas d’Afrique présentent Thomas Makoulet-Manga, auteur de deux films, dont Mon stage à Paris, en 1968, autofiction qui fait le récit du séjour en France « d’un jeune champion de boxe camerounais qui poursuit à la fois un stage sportif à l’Institut national des sports et un stage de technique photographique ». Ses films ont disparu, mais ses photographies, inédites, demeurent, et font collection dans au sein de la photothèque du Ministère de la Coopération. Indexées sous l’entrée « Vie des Africains en France », elles portent un regard sensible et une intimité palpable avec les proches dont il fait le portrait, à Marseille, Sarcelles ou Paris. Répond-il à une commande ? Sait-il que sous l’œil d’un ou d’une documentaliste, ses ami.es côtoient Adèle, jeune « étudiante congolaise » originaire de Kisangani, qui a croisé la route du photographe français Claude Sauvageot quelques années plus tôt, mais aussi des milliers d’anonymes, dans la salle d’attente d’un geste de dé-réification. Il s’agira de réfléchir à quelques tâtonnements et intuitions théoriques, quant au geste de faire « ressurgir » les images et les noms.

Aline Pighin est chercheure au CIRESC-EHESS et gestionnaire de collections photographiques et audiovisuelles aux Archives diplomatiques. Ses travaux portent sur les scènes plastiques des années 1940-1970 à Kinshasa, Lubumbashi et Brazzaville et interrogent l’instabilité épistémologique du couple études africaines/histoire des arts. Elle a enseigné l’histoire et l’histoire des arts du continent africain à Sciences Po Paris et à l’université Paris 8.

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Séance #8, le 1er avril 2025 de 15h à 18h en salle A 062


Université Paris 8 — Vincennes Saint-Denis