| Artifices 3 | 5 novembre-4 décembre 1994 | Mise en mémoire, accès à la mémoire |
| Installations |
Les mains filmées commandant à ce qui semble un écran tactile sont donc déjà intégrées à la vidéo et « choisissent » ainsi de visionner la manipulation de tel instrument, parmi une multitude d'outils proposés. C'est paradoxalement toujours la même pression minimale du doigt qui fait apparaître les mouvements les plus différenciés, dans lesquels chaque outil relie, telle une interface, une matière donnée à un geste complexe et précis. (...) J'ai présenté dans mes premières bandes la fiction d'un écran tactile : par une forme d'illusion technologique, une main vient commander un pseudo-programme interactif (...). Il s'agit d'une mise en valeur du geste, et du sens du toucher. (...) Il s'agit de dédoubler la médiatisation, pour rappeler au spectateur qu'il est en rapport avec des images, qui ne sont pas immédiates. L'évolution technologique à laquelle on assiste aujourd'hui a tendance à effacer, à faire oublier cette médiatisation : on a l'impression de pouvoir tout faire, tout créer, tout atteindre dans un monde virtuel. Alors qu'on est peut-être en train de s'éloigner des choses, d'avoir de moins en moins d'influence sur elles. À partir de ce simple geste du toucher, j'en suis venu ensuite à présenter des gestes plus complexes : ceux que l'on effectue avec des outils. L'outil est en fait le premier intermédiaire, la première prothèse technique que s'est offerte l'humanité, il y a de cela des millénaires, et c'est de lui que dérivent les technologies de pointe qui sont les nôtres aujourd'hui. En faisant se rejoindre l'outil et le programme d'ordinateur, j'ai donc tenté de mettre en scène ce premier et ce dernier pas « instrumental » de notre espèce.(...) la mise en scène de ces objets propose un effet de loupe. Mais l'humour tient peut-être encore à ce jeu de contraste. D'un côté, ces travaux mettent en scène un énorme dispositif de classification : j'essaie de donner l'illusion d'une mémoire dans laquelle il y aurait tous les outils - ou tous les gants - du monde. De l'autre, face à ce « répertoire universel », il y a la présence, et l'utilisation d'un objet en particulier. (...) on n'a pas l'habitude d'accorder une attention aussi grande à des gestes aussi quotidiens. Extraits d'un entretien avec M. Béguin et J.P. Felley, publié dans Eric Lanz, Prix Breguet d'art contemporain 1993.
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